Abstract
D’où vient ce feu intime, qui nous fait persévérer dans l’effort, en dépit des conflits et des crises ? Cet élan vital tient de notre nature humaine profonde, de notre résilience et persistance dans l’être, corps et âme. Ce for intérieur est producteur d’impact positif individuel et social. Il nous permet de relever la tête, par la force de création humaine, comme Sisyphe sur la pente repoussait vers le haut la pierre qui venait à retomber. C’est en fait cet enthousiasme qui nous anime, y compris dans l’épreuve, et quels que soient nos pas de côté ou nos oublis de soi temporaires, il réoriente sans cesse notre action. Il ravive le développement chez une personne et dans la société, contribue à ce double rattrapage, au-delà de nos régressions internes et externes. Littéralement, l’étymologie grecque d’enthousiasme nous renvoie à ce « theos » en soi, ce dieu intime que Diderot ou Voltaire rappelaient par les paroles d’Ovide (Fastes, VI, 5) : « Est deus in nobis, agitante calescimus illo » (il est un dieu en nous, c’est lui qui nous anime). Spinoza (1993), en précurseur des Lumières radicales et en toute immanence, parlait de « nature naturante » et le résumait par « Homo homini deus » (l’homme est un dieu pour l’homme). L’enthousiasme nous met en mouvement et en pleine possession de nos moyens, nous fait tendre vers la perfection et nous comble d’une joie d’être par le développement durable de soi et d’autrui. C’est cet enthousiasme fort, à l’origine d’un double rattrapage individuel et social, que ce chapitre tentera d’explorer dans les méandres d’une vie, autant qu’il nous est donné de la saisir, c’est-à-dire en partie, mais quelle partie …